L'arrestation de Saddam Hussein signifie-t-elle la fin de la résistance à l'occupation US? Va-t-elle enlever le principal obstacle à la démocratie et à la sécurité en Irak comme l'affirment, par exemple, Verhofstadt et Louis Michel? Réponses de Mohammed Hassan, spécialiste du Moyen-Orient.
David Pestieau
17-12-2003
Mohammed Hassan
à l'Université marxiste d'hiver
Rencontrez Mohammed Hassan, du 26 au 30 décembre, à l'Université marxiste d'hiver. Il donnera un cours sur le thème «Panafricanism, Panarabism & Marxism». Une étude de textes africains et arabes du passé, confrontés à la situation actuelle en Irak et au Congo. Cours en anglais, avec des groupes de discussion en d'autres langues selon la demande. Infos: www.marx.be , 02/504.01.44.
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Votre première réaction à cette arrestation?
Mohammed Hassan. Il est étonnant que l'homme le plus recherché au monde par les Etats-Unis et ses alliés ait pu échapper à cette arrestation depuis plus de huit mois. Ce qui indique que Saddam Hussein a pu compter sur un certain soutien de la population en Irak. Saviez-vous, par exemple, que plus de 69 services secrets différents de dizaines de pays étaient actifs en Irak avec la mission prioritaire de procéder à cette arrestation?
L'arrestation de Saddam Hussein signifie-t-elle la fin de la résistance à l'occupation US?
Mohammed Hassan. Non. L'arrestation est un succès politique pour les troupes d'occupation américaines. Les Etats-Unis vont utiliser cette arrestation à des fins de propagande pour démoraliser la résistance anti-US et la population irakienne. Cette arrestation va incontestablement provoquer de la confusion et une certaine désorganisation dans les rangs de la résistance.
Mais la résistance, ces derniers mois, a pu s'organiser: elle n'est plus embryonnaire et non coordonnée, elle ne peut plus être écrasée. Elle a des armes, des moyens financiers et même des services de renseignement bien informés. Saviez-vous que l'armée US a retrouvé dans une cache de la résistance, l'agenda de l'administrateur en chef Bremer? Autrement dit: la résistance a des informateurs très proches de la direction des opérations d'occupation.
Ce lundi 15 décembre, quatre attaques de grande envergure ont eu lieu contre des postes de la police pro-américaine, prouvant que la résistance est toujours bien là. Dans un quartier au nord de Bagdad, «une centaine d'assaillants ont attaqué avec des armes automatiques à partir des toits et de la rue deux commissariats de police du quartier» rapporte ainsi l'AFP.
Certains affirment que les partisans de Saddam Hussein vont arrêter mais qu'une grande partie de la résistance anti-Saddam Hussein va, elle, continuer
Mohammed Hassan. Les Irakiens ne se battent pas pour la personne de Saddam Hussein, mais parce que leur pays est occupé. L'histoire a prouvé qu'une occupation coloniale ne peut pas écraser une résistance, même avec l'arrestation de certains de ses dirigeants. Regardez l'Algérie où les principaux chefs de la résistance antifrançaise, dont le futur président Ben Bella, ont été arrêtés cinq, six années avant la fin de la guerre anticoloniale. Même décentralisée, la résistance en Algérie a trouvé les ressources pour mettre l'armée française à genoux.
En Irak, la résistance a certainement plusieurs composantes. Des forces patriotiques, nationalistes, communistes et islamistes, qui se fédèrent et qui se sont parfois séparées de certains de leurs dirigeants qui collaborent aujourd'hui avec les Etats-Unis... Mais la résistance est principalement composée de membres de l'ancien parti Baath.